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Biographie

Marguerite Burnat Provins - Autoportrait

Autoportrait, le doigt sur la bouche, s.d. [~1900], huile sur toile, 46,3 x 55 cm, Sion, Musée d’art du Valais, Suisse


La France (1872-1895)
Enfance dans le Pas-de-Calais, études artistiques à Paris

Issue d’un milieu bourgeois aisé et aînée d’une famille de huit enfants, Marguerite bénéficie d’une relation privilégiée avec son père, Arthur, avocat respecté et lecteur érudit, peintre à ses heures, qui l’ouvrira au monde, à la culture et à la contemplation de la nature. Si sa mère est relativement peu présente dans son éducation, les arrière-grands-oncles de celle-ci, élèves de Rembrandt, seraient à l’origine de son goût passionné pour la peinture. Son éducation à la pratique de la peinture sera marquée, dans un premier temps, par l’enseignement académique. Elle fera très jeune l’expérience de la mort et ce sens du tragique de la vie ne la quittera jamais. Elle prend tôt conscience de sa nature solaire et se sent de plus en plus attirée par le sud.

 

La Suisse (1895-1905)
Installation en terre vaudoise, rencontre de Biéler, explosion créatrice en Valais, une Ligue pour la beauté

Cette période est marquée par des rencontres capitales pour la jeune artiste, par la présentation de ses œuvres à diverses expositions, par une activité d’enseignante, de journaliste et même de conférencière. Sur le plan pictural, elle développe peu à peu son style personnel dans des portraits, des compositions à forte connotation symboliste, des paysages et des scènes de genre. Elle s’exprime aussi à travers les arts décoratifs, marquant progressivement une discordance entre le contenu de ses œuvres et la réalité de son existence. Sa vie oscillera elle aussi entre le désir de vivre ou celui de mourir, de vivre ou de créer, de vivre sereinement dans une forme de sédentarité ou de partir à la découverte du monde.

 

Des Alpes à l’Orient (1906-1913)
Coup de foudre, rupture, poésie et voyages

Jugée indésirable en tant qu’étrangère et artiste éprise d’indépendance, tant au bord du Léman qu’à Savièse, Marguerite voit son quotidien momentanément transcendé par la rencontre avec Paul de Kalbermatten, ingénieur issu d’une grande famille valaisanne. Elle l’accompagne dans ses voyages en Europe et en Orient et rencontre des personnalités du monde littéraire, artistique et musical. Mais, constamment en proie à des problèmes matériels (soucis financiers, ruine de la famille Provins), à la fragilité de sa santé, à des doutes sentimentaux et même à des trahisons (du peintre Biéler, notamment), aux difficultés de se faire connaître en Suisse, de pouvoir réellement compter sur ses éditeurs et d’accéder à la Légion d’Honneur, elle trouvera refuge dans l’écriture et dans l’illustration de plusieurs de ses ouvrages, témoins ses nombreuses publications chez l’éditeur parisien Sansot. En point de mire, Le Livre pour toi, cent poèmes d’amour à Paul publiés en 1907. Après son divorce avec Adolphe Burnat, elle épouse Paul à Londres en 1910, et le couple passe deux ans en Egypte avant de s’installer, toujours pour le travail de Paul, à Bayonne (Pyrénées-Atlantique).

 

De Paris à Saint-Jacques-de-Grasse (1914-1952)
Angoisse de la maladie et de la mort, dessins hallucinatoires, découverte de la méthode Coué, décès à Grasse

Rongée par la maladie et de plus en plus en proie à des angoisses morbides, Marguerite voit sa vie basculer au moment où retentit le tocsin de la mobilisation. Ces tourments trouvent leur expression dans un important corpus de dessins hallucinatoires, qui vont progressivement constituer Ma Ville, œuvre phare de ce dernier volet de son activité créatrice qui intéressera le milieu psychiatrique. La guerre sépare le couple et décime sa propre famille. Alors que Paul poursuit ses voyages professionnels, puis se voit mobilisé en Suisse, Marguerite s’installe à Neuilly. Cette période sera émaillée de démêlés avec ses éditeurs, de déceptions face à l’indifférence de sa famille envers sa carrière, mais aussi de rencontres avec des gens de lettres, de séjours en Bretagne, dans le Midi, en Algérie, au Maroc et en Amérique du Sud et, surtout, de l’achat du Clos des Pins à Grasse. L’écriture et la peinture continueront de l’occuper et se verront complétées par un intérêt marqué pour la méthode Coué. Elle militera également pour la littérature régionaliste. Toutefois, c’est en 1925 que Marguerite découvrira qu’elle a une rivale, Jeanne Cartault d’Olive, dans le cœur de Paul, qui se montrera néanmoins très loyal à son égard. Sa fin de vie sera assombrie par la mort de sa sœur Marthe, puis de sa mère, le dépouillement de Paul par les Allemands et des problèmes de santé toujours plus lancinants. Bouleversée par les méfaits de la guerre, elle trouvera un certain refuge dans la religion. Elle mourra en 1952, quinze ans avant Paul qui se sera entretemps remarié avec Jeanne.